Combat-Complet

 PRESENTATION GENERALE

 Par Sébastien POINSOT


 



PREAMBULE...


Le cinéma des années 70 fut prolifique en ce qui concerne la mise en scène de nombreux arts-martiaux, notamment d'origine asiatique. Plus que toutes les initiatives sportives ou culturelles de type classique, et quoique l'on puisse en penser, cette contribution artistique, certes de qualité inégale, fut à l'origine d'un engouement exceptionnel du public, qualifiable de phénomène de société quant à l'intérêt et la pratique des arts-martiaux et sports de combat. Constat sans appel : le développement des disciplines dites « martiales », doit beaucoup plus à Bruce LEE qu'a ses champions et représentants techniques, aussi méritants fussent-ils...


Au cours des années 80, la production artistique, avide du « toujours plus » sensationnel, se détournant du sujet désormais trop classique du redresseur de tort expert en Kung-Fu s'opposant à des brutes de série B, décida de lui trouver des adversaires plus dignes de lui... par exemple d'autres experts en arts martiaux. La confrontation entre styles était née.

Ces films connurent un même succès que ceux des années 70, créant à leur tour une émulation « culturelle et sportive » qui provoqua la création de rencontres sportives d'un genre nouveau : les tournois multidisciplinaires.


Comme pour toute nouveauté, il y eut du bon et du moins bon. La formule reprise dans les années 1990 par différents groupes, à l'objet plus commercial que sportif, sous le nom de « combat libre » fut à l'origine de nombreuses dérives bien éloignées de l'initiative sportive pluridisciplinaire basée au départ sur un esprit d'ouverture et de respect des différences.

Des marchands sans scrupules comprirent vite qu'il était plus rentable de vendre des jeux du cirques ultraviolents, mettant en valeur des brutes nourries aux anabolisants que de soutenir de véritables pratiquants martiaux, qui au-delà des règlements sportifs avaient été éduqués avec des valeurs morales humanistes, bien mises à mal par une société en perte de repères.


 

Le mélange des styles : Krav-Maga vs Judo.


GRANDEUR ET DECADENCE


Différentes formes sportives multidisciplinaires continuèrent à perdurer tant bien que mal, mais sans disposer des mêmes moyens financiers et promotionnels que le combat libre.
Partout à travers le monde, différentes organisations (U.F.C au Etats-Unis, Cage-Rage au R.U, Pride ou K1 ou Japon) connaissent un succès phénoménal, leurs finales, réunissant plusieurs dizaines de milliers spectateurs dans des stadiums géants, sont retransmises par les télévisions du monde entier. Ces manifestations sont souvent décriées en raison de leur caractère violent ou de leur mise en scène qui semble parfois porter atteint à une certaine image que l'on peut se faire de la dignité humaine, notamment en ce qui concerne la surface d'évolution des combattants ; une cage pour les U.F.C et Cage-Rage !

Pourtant, ces cages au départ avait un rôle purement technique, d'abord en assurant la sécurité des combattants (une grande partie des combat se déroulant au sol, l'utilisation du ring présentait des risques de chutes), et permettait de délimiter l'aire de combat et d'éviter les sorties intempestives de la surface de combat qui provoquent des arrêts et faussent le jeu (fuite délibérée pour se sortir d'une situation tactiquement désavantageuse, possibilité de récupération irrégulière lorsque le combattant est dominé au niveau de sa condition physique...), privilégiant une tactique détournant certains principes d'arbitrage, au détriment de la technique pure et de l'esprit de fair-play et de courage sportif.
Le fait que les organisateurs aient utilisé le concept de cage comme celui d'une arène est cependant une réalité à déplorer.


EVOLUTION VERS UNE FORME SPORTIVE ET ETHIQUE...


Le Combat-Complet, tel qu'il est pratiqué en France reprend l'idée du mélange des styles, avec un règlement respectueux de l'intégrité physique des pratiquants et valorisant les plus hautes valeurs morales sportives. Il est officiellement reconnu par la F.F.ST depuis septembre 2008.

Le Combat Complet est un sport réunissant les phases de combat à distance, au corps à corps debout et au sol. Sont utilisées des techniques de percussions empruntées aux différentes boxes, des techniques de projection et de contrôle issues du judo et de la lutte. En tant que discipline sportive, le Combat Complet comporte un règlement qui lui est propre, permettant de définir les actions autorisées ou prohibées.

Pour les pratiquants d'une discipline classique, il apporte un enrichissement complémentaire : un judoka pourra s'initier aux techniques de percussions, un boxeur au combat au corps à corps... tout en pouvant continuer à utiliser sa spécialité initiale. Loin des dérives violentes véhiculées par certaines formes de combat libre venant des Etats-Unis, le Combat-Complet se pratique en toute sécurité. Il s'agit au départ d'une activité physique ludique, dont le but au-delà son aspect "sport de combat" est d'apporter plaisir, épanouissement et bien-être.

Il se déroule sur un tatami, sous la direction de 3 arbitres, et met en scènes des combattants maîtrisant autant les techniques de percussions pieds-poings, que les projections et contrôles au sol.



Le mélange des styles : Karaté Shidokan vs Boxe Thaï


L'ESPRIT DU COMBAT-COMPLET

 

Le combat-complet est une discipline sportive à part entière (c'est-à-dire encadrée par des règles techniques donnant lieu à de possibles avantages ou sanctions), dans laquelle sont présentes les différentes situations tactiques rencontrées dans les différents sports de combats ; à savoir en position verticale à mi-distance les percussions pieds/poings (issues des boxes diverses, karaté et assimilés), le corps à corps en position verticale où l'on tente de projeter ou de déséquilibrer son partenaire en vue de l'amener au sol (type luttes, judo et assimilés) et enfin la position de corps à corps horizontale (au sol) ou l'on tente de maîtriser son partenaire en utilisant des techniques d'immobilisation ou de soumission (type luttes, judo, J.J.B et assimilés).


Concrètement, la nouveauté de cette activité ne réside pas tant dans la création d'une discipline aux techniques spécifiques, mais plus dans son concept de la réunion dans une seule activité, de phases tactiques existantes indépendamment chacune l'une de l'autre au sein de plusieurs sports différents.


Le pratiquant est donc amené plutôt qu'à se spécialiser dans une seule voie, à découvrir toutes les facettes sans exception des sports de combats et arts-martiaux classiques.

L'esprit du Combat-Complet est donc naturellement tourné vers l'ouverture aux autres cultures, développant chez le pratiquant des valeurs de respect de l'autre et de ses différences, de tolérance et de partage. Cette ouverture d'esprit le pousse également à la curiosité et la volonté de découverte, élargissant sa culture générale et façonnant un Homme complet et ouvert sur le monde. De prime abord, il peut paraître paradoxal de voir se développer une méthode positiviste de développement personnel à travers une activité de combat. Pourtant en approfondissant le sujet, on peut vite s'apercevoir que nous ne faisons qu'appliquer une vielle doctrine humaniste « mens sana in corpore sano ». De plus l'histoire regorge d'exemples similaires : La chevalerie, caste guerrière pourtant soumise à des règles strictes de respect et de courtoisie, dont les guerriers pratiquaient en plus de l'usage des armes la geste et la musique ; les humanistes du XVIème siècle n'hésitait pas à utilise la lutte comme technique de sanité physique ; les Budos japonais, issus de techniques guerrières ancestrale donnèrent naissance à des disciplines d'éducation morale à travers une pratique d'opposition virile (judo, karaté, etc...)


Après le combat : fair-play et fraternité !

 


UN SPORT DANGEREUX ?

 

D'où viennent les préjugés ?

Quel qu'en soit le domaine, la nouveauté fait peur. C'est une règle instinctive de préservation. C'est la peur de l'inconnu, la stigmatisation de ce que l'on ne connaît pas. Ce réflexe est naturel chez tout être vivant, l'homme n'étant après tout qu'un animal plus évolué que les autres.

Face à l'inconnu, on prend peu à peu courage pour s'en approcher (précautionneusement), puis on l'explore et enfin on le comprend. C'est la lutte du savoir sur l'obscurantisme.


Il ne faut pas être pas étonné que des esprits primaires se méfient à priori des dangers d'un nouveau type de discipline de combat, surtout si les seules informations qu'ils possèdent leur sont fournies par d'autres êtres plus évolués (ceux qui se font volontiers nommer spécialistes, experts, voire maître !), dont la spécialité essoufflée ou en pleine chute ne saurait souffrir l'émergence d'une discipline concurrente remettant en cause leur omnipotence commerciale.

Avec le temps, le sérieux de l'organisation et la qualité des athlètes seront reconnus par tous et l'on rira des anciens préjugés. Un proverbe chinois ne dit-il pas que « tous les hommes sont intelligents, les uns un peu plus tôt, les autres un peu plus tard... »


Les risques inhérents à la pratique

Concrètement au niveau des risques de blessures encourus par les combattants, ceux-ci sont extrêmement limités par le règlement qui interdit certaines techniques de frappes ou de clés, pourtant courantes dans de nombreux sports reconnus, voire disciplines olympiques. Par exemple les coups de genoux à la tête ou sur la zone dorsale, les frappes sur le genou de la jambe d'appui, tous les coups de coudes ou de tête et coups de poings au visage au sol sont prohibés. Idem pour certaines techniques de luxation ou de strangulation (pourtant autorisées en judo : discipline olympique !)

Par ailleurs les combattants sont munis de protections offensives et défensives : gants à amorti confortable, protège-tibias, protège-dents, coquille...

Pour des raisons sanitaires ou tout simplement d'hygiène, le combat est suspendu au moindre saignement et les combattants n'ont pas le droit de se présenter torse-nu.

On voit donc que le Combat-Complet prend nettement plus de précautions relatives à la sécurité et à la préservation de l'intégrité physique de ses pratiquants que la plupart des disciplines de combat communément acceptées de tous.


Le fait est qu'un judoka, habitué à une discipline exclusivement basée sur une lutte en préhension soit impressionné par des techniques de frappes ou à contrario qu'un boxeur le soit par des projections et des clés de bras. La crainte des risques du combat complet est donc plus due au côté spectaculaire de techniques inhabituelles pour un sportif formaté dans une discipline spécialisée que par le côté réellement dangereux des techniques en question.


Les risques réels ne sont pas plus élevés que dans toute activité physique et sportive. Le caractère généraliste de la discipline fait que le corps du pratiquant est éduqué de manière à s'adapter à plus de situations que dans une discipline spécialisée.
Les accidents sont extrêmement rares et de nature peu importante. Il s'agit en général d'entorses bénignes ou de contusions légères. Rappelons qu'en France, les sports à taux élevés d'accidents graves (nécessitant intervention chirurgicale) sont le football, la moto et le ski. Rien à voir avec les sports de combat ou arts martiaux et encore moins avec le Combat-Complet.

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